23.09.2021

Mizuno Reiko [Profil]

Le doux et enivrant parfum d’un cosmétique ou d’un adoucissant peut devenir une véritable nuisance, causant maux de tête voire nausées pour un nombre croissant de personnes. En cause, les substances chimiques utilisées pour créer ces senteurs, dont les produits ménagers en sont remplis, notamment au Japon. Mais quels sont les risques de cette pollution olfactive sur la santé et l’environnement ? Une rédactrice scientifique japonaise nous en parle.

Des problèmes de santé dus aux odeurs

Depuis une dizaine d’années, ils sont de plus en plus à se plaindre de ces odeurs du quotidien. Du linge étendu par un voisin sur un balcon, les odeurs mélangées d’un train de banlieue bondé et même les parfums de ses collègues au bureau… La pollution olfactive peut prendre différentes formes, sans compter les détergents synthétiques parfumés, désodorisants, sprays désinfectants, déodorants et autres antitranspirants.

Depuis le début des années 2000, de plus en plus de personnes souffrent d’hypersensibilité chimique multiple (MCS), du syndrome de fatigue chronique (SFC) et de maladies auto-immunes, autant de pathologies encore rares il y a seulement cinquante ans. Toutes ces maladies auraient un point commun : elles seraient liées à la présence de substances chimiques. Mais quelles sont-elles ? Bien difficile de le déclarer avec certitude tant elles sont nombreuses et omniprésentes. C’est à cause d’elles que certaines personnes souffrent et sont considérées comme excessivement sensibles.

Sont également pointées du doigt les substances chimiques présentes dans les produits ménagers ; ces dernières seraient polluantes et nocives si elles sont respirées. Cependant, pour l’heure, la dangerosité de la pollution olfactive pour la santé doit encore faire l’objet de recherches pour être prouvée scientifiquement. La population n’est donc guère sensibilisée à ses dangers.

Un sondage sur la pollution olfactive

Au Japon, on ne sait pas exactement combien de personnes sont touchées par la pollution olfactive. Cependant, en 2020, le Centre national japonais de la consommation a signalé avoir reçu 928 consultations depuis 2014 (dont 78 % de femmes entre 30 et 60 ans). Les plaintes concernaient essentiellement les parfums dégagés par les assouplissants, qui causaient des maux divers.

Notons que le nombre réel de personnes affectées par la pollution olfactive est probablement bien supérieur à celui de consultations.

Sept associations de consommateurs, dont l’Union des consommateurs du Japon, ont décidé d’œuvrer ensemble pour les besoins d’une étude publique en ligne sur les effets néfastes des produits parfumés. 9 332 personnes ont répondu à cette étude menée de décembre 2019 à mars 2020.

Si les résultats sont quelque peu biaisés car l’étude ciblait délibérément les personnes manifestant un intérêt particulier pour le sujet ainsi que celles ayant déclaré souffrir de troubles en raison de la pollution olfactive, il n’en demeure pas moins vrai que 7 000 personnes interrogées (85 % des femmes et 56 % des hommes) ont déclaré avoir développé des pathologies à cause de certaines odeurs.

Il se trouve que 20 % des répondants ont confié avoir ressenti des douleurs au point qu’ils n’ont eu d’autre choix que de quitter leur emploi ou de ne plus se rendre à l’école qu’ils fréquentaient. La proportion élevée de femmes victimes de la pollution olfactive peut s’expliquer par le fait que les tâches ménagères sont encore le plus souvent assumées par les femmes plutôt que par les hommes.

Et lutter contre la pollution olfactive n’est pas une sinécure, les dangers pour la santé étant souvent relégués au rang de « sensibilité personnelle » ou de « génétique ». En 2020, un article sur la pollution olfactive est paru dans le journal Asahi Shimbun. On pouvait y lire que certains médecins observaient une augmentation préoccupante du nombre de personnes souffrant de troubles dus à ce type de nuisance. En revanche, l’article citait un expert selon lequel « la propension d’un individu à supporter ou non les assouplissants est génétique ». Ce genre d’affirmation péremptoire me laisse perplexe…

Devant le nombre de personnes souffrant de problèmes de santé, et on ne parle pas là d’une simple gêne, la pollution olfactive ne peut plus être reléguée au rang de sensibilité individuelle ou de patrimoine génétique. Le docteur Sakabe Kô, professeur de médecine à l’université Tôkai et autorité reconnue en matière de sensibilité chimique (CS), affirme que l’un des symptômes caractéristiques de la pollution olfactive est l’hypersensibilité olfactive multiple causée par les produits chimiques. Selon lui, un grand nombre de personnes touchées par la pollution olfactive sont probablement chimico-sensibles.

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